Asphalt Blues

Asphalt blues de Jaouen Salaün est une œuvre graphiquement époustouflante et scénaristiquement passionnante. Poétiques, sensuelles et futuristes, les trajectoires croisées d’un homme et d’une femme qui ont partagé une idylle de jeunesse et cherchent un sens à leur vie. C’est avant tout une histoire d’amour qui se déroule sur plusieurs années.

Mick et Nina se sont connus jeunes, se sont follement aimés puis c’est la séparation, simple et brutale. Treize années se passent, chacun a continué sa vie, ces vies que l’auteur nous fait suivre en parallèle. Mick a deux enfants d’une femme dépressive suite à un accident qui la privera de l’usage de ses jambes, elle qui était danseuse…. Nina est avec un homme d’affaire et politique, elle créé pour son travail une ligne de vêtement.

Les deux anciens amants l’ignorent, mais leurs quotidiens sont liés. Contemplatifs ou rythmés, les instants se succèdent dans ces vies croisées qui questionnent le désenchantement du sentiment amoureux.

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C’est dans cette routine que nous plonge l’auteur, une routine de deux quadragénaires qui se retrouve à des périodes difficiles de leur vie, avec leur conjoint, avec leur travail… Ce genre de période où parfois un changement de vie s’impose, parfois la vie laisse le choix, quel sera-t-il…

La rupture du couple est le point de départ d’une intrigue simple mais arborescente. Les destins de Mick et Nina vont s’amuser à s’entrecroiser plus ou moins explicitement, le tout dans un futur proche, en 2038 pour être précis. La science-fiction se veut discrète, elle constitue une toile de fond esthétiquement réussie. Certaines planches m’ont fait penser à l’univers de Blade Runner (la ville illuminée la nuit sous la pluie), les angles choisis rappellent des plans cinématographiques.

La colorisation des dessins est très vive, très coloré, dans laquelle le rouge et le bleu prédominent. Puis l’œil s’habitue et prend beaucoup de plaisir à découvrir les planches et les moments que la colorisation fait ressortir… On sent le dessinateur à l’aise, jouant avec les plans, décomposant les scènes d’actions comme un film au ralenti, appuyant certains passages pour jouer avec l’émotion…

Jaouen Salaün parvient à écrire des scènes très justes qui, sous leur aspect de quotidien ordinaire, saisissent parfaitement les personnages. Tendres, poignantes, poétiques ou sensuelles, les séquences s’enchainent avec une fluidité évidente, emportant le lecteur dans un tourbillon étourdissant d’émotions.

On suit ces couples au fil des mois, des années, jusqu’aux dernières pages où l’auteur apporte une conclusion qui déstabilise et laisse flotter interrogations, doutes et imagination, le lecteur est libre sur son interprétation…

Une agréable surprise que ce soit d’un point de vue des dessins qui m’ont agréablement transporté au fil des pages mais aussi d’un point de vue scénaristique avec une tranche de vie poignante, criante de vérité de jeunes quadragénaires qui, bousculés par des remous professionnels et familiaux tentent de trouver leur chemin et d’avancer du mieux possible…