La dernière rose de l’été

La dernière rose de l’été revisite le récit d’ambiance avec une grâce épurée. Une esthétique léchée, des couleurs hypnotiques et un don singulier pour établir des atmosphères mystérieuses.

C’est l’été. Léo, jeune rêveur parisien caressant l’espoir de devenir écrivain, bosse dans un lavomatique en attendant de trouver l’inspiration pour son grand œuvre. Un soir, il croise par hasard un cousin qui lui propose de garder sa maison de vacances au bord de la mer. Coup de pouce du destin, le timide Léo se retrouve, quelques jours plus tard, voisin de riches plaisanciers aux voitures de collection et villas d’architecte où le champagne coule à flot.

Cependant, malgré l’atmosphère légère et surréaliste, quelque chose ne tourne pas rond. De jeunes hommes disparaissent aux alentours ; la tension monte… Bientôt, il devient clair qu’un assassin pervers sévit tout près. C’est dans ce cadre étrange, et tandis que l’inspecteur Beloeil mène l’enquête, que Léo rencontre sa jeune voisine, adolescente capricieuse et sauvage : la belle Rose.

La Dernière Rose de l’été
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On plonge très vite dans cette BD, pour n’en ressortir qu’à la fin des 188 pages suivantes. Lucas Harari rythme sa BD comme un film d’Alfred Hitchcock, le célèbre maître du suspens. On pense en particulier à Fenêtre sur Cour où James Stewart espionnait son voisin d’en face.

Lucas Harari est un dessinateur virtuose, et sa BD un petit chef d’œuvre graphique. Les décors sont somptueux, l’intrigue est bien menée et sans temps morts. Les personnages secondaires sont savoureux et le travail de cadrage des images évoque en permanence un polar de cinéma.

Lucas Harari alterne des passages très denses avec des petites cases qui se succèdent sur un rythme rapide et des pleines pages somptueuses et très épurées. Les dialogues sont minimalistes, comme pour ne pas ralentir ce rythme graphique.

Comme le prouvait sa précédente BD, L’aimant, toujours aux éditions Sarbacane, Lucas Harari est un jeune auteur doué et ambitieux. La formation de l’auteur, entre architecture et arts décoratifs, transpire dans ses choix graphiques. Il aime soigner ses décors. C’était particulièrement vrai dans l’aimant, dont l’intrigue était « architecturale ». Cela se confirme dans ce polar, où les décors sont un élément essentiel de l’intrigue et de l’ambiance. En seulement deux albums, Lucas Harari a déjà imposé sa signature : un graphisme en mouvement, soutenu par des décors soignés et une véritable intelligence d’écriture.

Policier intimiste hitchcockien d’inspiration Nouvelle Vague, La dernière rose de l’été revisite le récit d’ambiance avec une grâce épurée. Une esthétique léchée, des couleurs hypnotiques et un don singulier pour établir des atmosphères mystérieuses : pas de doute, c’est bien le nouvel Harari !