Old Pa Anderson

Old Pa Anderson, nommé Grand Prix au Festival d’Angoulême lors de l’édition de janvier 2016, Hermann continue, en bonne compagnie de son fils, Yves H. une œuvre sachant notamment revisiter les standards, les genres et les périodes mythiques de l’histoire américaine.

Mississipi, 1952. Old Pa Anderson rentre du Colored Café où il a bu une bière et passé du bon temps. Old Ma ne veut pas savoir d’où il vient mais elle lui rappelle qu’il devra s’en arranger avec le Seigneur. Après leur repas, ils vont se coucher comme d’habitude. Cela fait maintenant huit ans que leur petite-fille Lizzie est morte, probablement tuée par des blancs. Et cela les ronge de l’intérieur l’un comme l’autre.

Mais dans le sud des États-Unis des années cinquante où la ségrégation et le Ku Klux Klan sont force de loi, il vaut mieux faire profil bas quand on est un «négro». En tout cas, c’est ce qu’a fait Old Pa pour éviter les ennuis. Depuis, il ronge son frein. Le lendemain matin, Old Ma ne se réveille pas. Elle est partie dans la nuit, emportée par le chagrin. Désormais, plus rien ne retient le vieux Anderson. Il peut enfin chercher ceux qui ont commis ce crime et faire son deuil. L’heure de sa vengeance a sonné.

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Avec Old Pa Anderson, Yves H. propose une histoire, prenant place dans les années cinquante, écrite en mémoire des victimes de la ségrégation qui sévissait dans le Mississipi aux États-Unis. Un fait étayé par la présence en fin d’album de témoignages émouvants de personnes ayant vécues cette période sombre de l’Amérique.

Avec le scénario d‘Old Pa Anderson, Yves H. délivre un thriller salvateur en apparence fort simple mais digne des réalisations de Clint Eastwood dans des registres et sur des thèmes similaires.

Le scénario est simple, sans artifice et retrace l’enquête menée par un vieil homme, libre d’assouvir sa vengeance. Malgré cette simplicité apparente, on est bien accroché par le récit car la victime, au-delà d’être noire, est une petite-fille. Et vous n’aurez qu’une question en tête au fil des pages : Old Pa arrivera-t-il à la venger ?

Assurément, une lecture dérangeante et prenante où les dialogues sont excellents, dignes du cinéma. Et qui pousse au questionnement : a-t-on réellement, dans nos mentalités, dépassé ce clivage de la couleur de peau ou encore des religions ? Une manne pour Hermann qui vous gratifie de superbes planches en couleurs directes.

Le dessinateur met parfaitement en images les différentes situations et ambiances voulues par son fils grâce à un subtil jeu de teintes. De même que le rendu de la traque d’Old Pa se déroulant de nuit est angoissant à souhait. Le récit prend aussi les atours du conte et du récit initiatique, qui s’ouvre et se ferme ironiquement sur une même image : celle du café réservé aux Noirs.