Titane

Titane est un film franco-belge, écrit et réalisé par Julia Ducournau, sorti en 2021. Présenté en compétition au Festival de Cannes 2021, le film a reçu la Palme d’or. Quatre ans après avoir marqué les esprits avec Grave, Julia Ducournau est bien décidée à remuer le cinéma français avec son second long-métrage Titane.

Alexia, gravement blessée dans un accident de la route alors qu’elle était enfant, est sauvée par la pose d’un implant en titane dans son crâne. Vers l’âge de 30 ans, elle devient danseuse érotique dans des rassemblements de tuning interlopes et elle vit toujours chez ses parents. Mais elle souffre d’un grave syndrome post-traumatique et est prise de pulsions meurtrières. Des crimes sanglants se succèdent et la police recherche un meurtrier en série.

Au même moment, Vincent, pompier, croit retrouver son fils Adrien disparu depuis dix ans après son interpellation par les inspecteurs de la douane dans un aéroport. En réalité, il s’agit d’Alexia, qui a pris l’apparence d’un jeune homme afin d’échapper aux forces de l’ordre. Vincent incorpore Alexia/Adrien dans l’escouade des pompiers qu’il commande. Un jeu complexe d’attirance et de répulsion va se jouer entre Vincent et son prétendu fils qui reste muet. Toute cette situation se complique encore plus avec la grossesse improbable et monstrueuse d’Alexia

Le film dépeint « un slasher très trash » lorgnant sur les plates-bandes du Crash de David Cronenberg. Et en effet, très vite, Titane roule dans cette direction et s’élance dans un pur slasher lorsque son héroïne tue froidement un de ses fans incapable de prendre un « non » pour un non. Suivant alors son anti-héroïne Alexia (Agathe Rousselle) dans ses plus cruels instincts, le long-métrage s’engouffre dans un territoire ultra-violent. Les mises à mort s’y enchaînent de manière jubilatoire, novatrice et particulièrement soignée visuellement. Toutefois, la sensation d’une œuvre mutante se dessine.

Derrière le slasher gore et trash tant espéré s’offrant aux spectateurs, Julia Ducournau dissimule en fait une œuvre bien plus passionnante et déroutante. Dès lors que d’étranges phénomènes se manifestent, le personnage d’Agathe Rousselle va se muer dans un geste radical provoquant in fine la bascule de registre du long-métrage. Le récit de serial killer s’éteint peu à peu pour se transformer en délire de body horror tout bonnement fascinant.

Une body horror frenchie qui emprunte évidemment aux œuvres de Cronenberg tout autant qu’à David Lynch, deux cinéastes que la jeune cinéaste n’a jamais caché vénérer.

L’arrivée de Vincent Lindon dans l’équation Titane rebat encore un peu plus ses cartes, l’épate sanglante des premiers instants se métamorphosant en quasi-conte fantastique et drame familial intimiste. Titane bascule alors dans une autre dimension où le choc visuel devient un choc viscéral qui ne prendra fin qu’au lancement du générique final.

Titane est d’une beauté déconcertante et se repose sur une mise en scène aussi percutante que délicate.